Focalisé sur les politiques et systèmes de santé, le CR3 - POLISSI vise à développer des connaissances pour améliorer les prises de décision et permettre aux réformes des systèmes de santé de mieux répondre aux besoins et attentes des populations et des organisations citoyennes.

L’évaluation des politiques et des stratégies mises en œuvre porte non seulement sur leur efficacité à améliorer la santé et la qualité de vie des populations mais également sur leur capacité à réduire les inégalités, tant au niveau international qu’au niveau régional ou national, au Nord comme au Sud.

Pour réaliser nos différents projets de recherche, nous utilisons des cadres d’analyses variés et des méthodes qualitatives et quantitatives adaptées à chaque question et contexte.
 

Deux projets du CR3

Projet d’appui à l’Institut National de Santé Publique (PAP-INSP) de Bujumbura au Burundi

Équipe de recherche :

  • Aline Labat
  • Blandine Martin
  • Yves Coppieters (promoteur)
  • avec la participation de Nathalie da Costa Maya, Jean-Michel Decroly (IGEAT-ULB), Philippe Donnen, Isabelle Godin, Dan Lecocq, Alain Levêque, Clément Méda (INSSA), Léon Savadogo (INSSA)


Le projet PAP-INSP, d’une durée de six années, cofinancé par l’Union Européenne, vise à appuyer l’INSP pour un développement de ses activités d’enseignement et de recherche mais aussi pour un renforcement institutionnel plus général en termes de gestion, administration, communication, etc.

Plus concrètement, les premières activités de terrain ont été implémentées à partir de janvier 2016. Après deux années de mise en œuvre, un Master en Sciences de la santé publique a pu être lancé avec 25 étudiants inscrits. Ce Master est le premier Master public ayant été créé au Burundi. Le programme a été conçu pour offrir aux étudiants des enseignements et stages de qualité répondant aux exigences et réalités du système de santé burundais. Les cours des deux premières années (2018 et 2019) sont donnés en tandem entre des enseignants burundais et des enseignants invités, de l’ULB et de l’INSSA (Institut Supérieur des Sciences de la Santé), partenaire burkinabè du projet permettant la mise en place d’échanges Sud-Sud. En outre, de nombreux enseignants-chercheurs de l’INSP ont été invités à venir se former à l’ULB en suivant des cours de Master de spécialisation ou de formations continues (RSS et EPISTAT).

En termes de recherche, plusieurs projets d’ampleur diverse sont en cours de concrétisation dans le domaine de la couverture sanitaire universelle et de la qualité des soins et des services. Une des réalisations majeures sera la mise en œuvre d’une importante enquête sur la «santé des jeunes de 10 à 24 ans» menée auprès de 2200 foyers. Cette étude, conduite sous la supervision scientifique de l’ESP-ULB, permettra de consolider les compétences des équipes de recherche de l’INSP en leur offrant l’opportunité de prendre part à une étude menée à grande échelle. Les résultats de cette recherche permettront de mieux comprendre les comportements de santé des jeunes (alimentation, activité physique, comportements affectifs et sexuels, etc.) et leur utilisation des services de santé pour notamment nourrir les réflexions politiques. Cette importante base de données pourrait également constituer un premier apport au futur Observatoire national de la santé dont la création sera partiellement soutenue par le projet. De nombreuses autres initiatives ont été développées (organisation de séminaires thématiques) et le seront encore au cours des prochains mois pour accroître de façon notoire la visibilité de l’institut en matière scientifique.

Ainsi, le projet PAP-INSP, par son soutien aux activités d’enseignement et de recherche, devrait permettre un renforcement plus large de l’INSP, notamment au travers de publications, participations à des conférences internationales, qui seront autant d’opportunités pour l’institut de se positionner comme un acteur incontournable de la recherche au Burundi, et plus largement dans la région des Grands Lacs africains. Enfin, il est surtout devenu au fil du temps, un vrai projet facultaire permettant de mobilier des enseignants-chercheurs issus de toutes les disciplines et centres de recherche de l’ESP pour notamment assurer les enseignements en tandem et s’investir dans les différents travaux de recherche.

Pauvreté et trajectoires migratoires : influence sur la santé autour de la naissance

Équipe :

  • Myriam De Spiegelaere
  • Judith  Racapé
  • Mouctar Sow

La recherche poursuivait deux grands objectifs : mesurer l’ampleur de la pauvreté infantile à Bruxelles et identifier les facteurs sociaux et démographiques qui influencent la santé périnatale des nouveau-nés en Belgique. On savait déjà que la pauvreté des enfants était massive à Bruxelles, ville qui accueille la part la plus importante des migrations internationales en Belgique et qui compte une population à la fois plus jeune et plus précarisée. Le couplage inédit de plusieurs bases de données administratives permet aux chercheurs de l’ULB de quantifier ce phénomène avec précision : 41,5% des enfants bruxellois naissent dans un ménage dont le revenu se situe sous le seuil de pauvreté, contre 18,8% pour la moyenne belge. Il est intéressant de noter que leurs chiffres sont très proches de précédentes estimations, qui avaient dû se baser sur des échantillons de population beaucoup plus réduits.

D’autres éléments de l’étude mettent en lumière les spécificités bruxelloises. Ainsi, un enfant sur six voit le jour à Bruxelles dans une famille monoparentale et une mère sur quatre seulement est d’origine belge. Or, tant la monoparentalité que l’origine non-européenne (en particulier subsaharienne) de la maman sont des facteurs qui augmentent sensiblement le risque de pauvreté. Le taux de précarité sociale des jeunes ménages est plus élevé en Région bruxelloise qu’en Wallonie ou en Flandre. L’acquisition de la nationalité belge est associée à un taux moindre de pauvreté et à un niveau d’instruction maternel plus élevé. Cependant, même plus de 10 ans après avoir obtenu la nationalité belge, aucun groupe d’origine étrangère n’atteint le taux de risque de pauvreté de la population d’origine belge.

Un autre constat frappant est que, pour les femmes turques et maghrébines, l’acquisition de la nationalité belge s’accompagne d’une augmentation importante du taux de monoparentalité, qui peut même dépasser légèrement celui des mères d’origine belge. En ce qui concerne la santé périnatale des enfants nés en Belgique, les chercheurs se sont intéressés à deux indicateurs habituellement utilisés dans ce domaine : le poids à la naissance et le taux de mortalité des bébés entre la 22e semaine de grossesse et le 7e jour de vie. Après avoir ajusté les résultats bruts en fonction de certaines variables individuelles, ils ont pu évaluer l’impact des seuls facteurs socioéconomiques et démographiques. Pour la plupart des nationalités, les enfants de mères immigrées ont un risque plus élevé de décéder en période périnatale que les enfants de mères d’origine belge mais cet excès de risque s’explique quasi entièrement par les facteurs socioéconomiques. Ce risque se réduit sensiblement pour les mères qui ont acquis la nationalité belge. Pour ce qui est du poids de naissance, on observe un paradoxe : à niveau d’instruction de la mère et à statut d’emploi des parents égaux, les enfants de mères d’origine étrangère ont un risque moindre de faible poids de naissance que les enfants de mères d’origine belge. Ce risque est même divisé par deux pour les enfants dont la mère est de nationalité maghrébine.

Deux mécanismes semblent donc produire des effets opposés : le statut social précaire augmente les risques tandis que la nationalité ou l’origine étrangère les réduit. Il est intéressant de noter que ce phénomène ne s’observe que dans les milieux sociaux défavorisés. Dans les groupes sociaux les plus favorisés, la santé périnatale des enfants d’origine étrangère est égale ou moins bonne que celle des enfants d’origine belge. Des facteurs liés aux cultures d’origine étrangère semblent donc jouer un rôle protecteur. L’analyse des données ne permet pas de les identifier avec précision, mais les auteurs de la recherche avancent plusieurs hypothèses : des habitudes de vie telles que l’alimentation ou encore le tabagisme pendant la grossesse, qui pourrait être moindre dans certaines communautés. D’autres facteurs culturels, comme le rôle de l’entourage familial, peuvent réduire la charge de travail, le stress et l’anxiété.

Par ailleurs, les indicateurs du statut social n’ont probablement pas la même signification dans les différentes communautés. Ainsi, pour les mères d’origine belge, n’avoir qu’un diplôme de l’enseignement primaire implique une trajectoire de scolarisation particulièrement perturbée, ce qui n’est pas forcément le cas pour les immigrés non européens provenant de pays où le taux de scolarisation des femmes reste limité. Ceci peut expliquer que parmi les groupes sociaux les plus défavorisés, les enfants d’origine belge sont les plus vulnérables en termes de santé périnatale.

Trois publications

  • Bahizire E, D’Alessandro U, Dramaix M, Dauby N, Bahizire F, Mubagwa K, Donnen P. Malaria and Iron Load at the First Antenatal Visit in the Rural South Kivu, Democratic Republic of the Congo: Is Iron Supplementation Safe or Could It Be Harmful? Am J Trop Med Hyg. 2018;98(2):520-523.

  • Feyaerts G, Deguerry M, Deboosere P, De Spiegelaere M. Analysis of the decision-support function of policy assessment in real-world policy making in the field of poverty and social inequalities. Case study on migrant integration policies in the Brussels-Capital Region. Environmental Impact Assessment Review 2017;67:40-48.

  • Ishoso DK, Tshefu AK, Coppieters Y. Analysis of induced abortion-related complications in women admitted to referral health facilities in Kinshasa, Democratic Republic of the Congo. PLoS ONE 2018;13(8):e0203186.

Mis à jour le 15 mai 2019