Le Centre de Recherche Approches Sociales de la Santé aborde les aspects de santé en lien avec les processus sociaux, socio-économiques, culturels et psycho-sociaux qui influencent la santé des individus et des populations. Ceux-ci sont mis en perspective avec les politiques de santé et de promotion de la santé. Le rôle qu'ils peuvent jouer dans la formation des inégalités sociales de santé est un axe important des recherches du centre. Ces inégalités de santé sont étudiées par exemple au travers des inégalités socio-économiques, sociodémographiques ou de territoire.

Les approches sociales de la santé sont abordées en fonction des milieux de vie, par exemple la sphère professionnelle, la sphère domestique ou familiale, les institutions de soins, les milieux d'accueil du jeune enfant, le milieu scolaire ou par groupes de populations spécifiques (les enfants, les jeunes, les travailleurs, les personnes âgées, les patients), abordés sous l'angle de la promotion de la santé et de la santé publique.

Les chercheurs représentent des disciplines variées : sciences de la santé publique, sociologie, sciences politiques, médecine, sciences infirmières, ou approches psycho-sociales.
Les recherches qui y sont menées suivent des méthodologies tant quantitatives que qualitatives, et les thématiques abordées le sont tant en Belgique qu'à l'étranger (Afrique et Asie du Sud-est essentiellement).

Ces dernières années, plusieurs thèmes de recherche ont été poursuivis, comme par exemple les innovations sociales dans le secteur de l’accompagnement à domicile des personnes âgées (voir infra pour la description du projet), une étude sur les milieux d'accueil de la petite enfance à Bruxelles, les études sur l'organisation des soins de santé et des professions de santé dans plusieurs pays d'Afrique, l'étude sur la gouvernance de la coopération belge au développement (voir infra pour la description du projet), la santé et le bien-être des jeunes dont les parents sont séparés, ou une étude sur les conditions de travail dans une population de jeunes entrepreneurs.
De nouveaux thèmes ont été abordés, comme celui des soins de santé mentale, de l'accès aux médicaments, de la prévention des infections à l'hôpital pour mieux identifier les obstacles au respect des règles d'hygiène dans différents services et professions exerçant à l'hôpital, la compliance au traitement en oncologie, ou encore les mutilations génitales féminines.

Chaque année, le centre se réunit pendant une journée pour une réflexion thématique et/ou méthodologique, ce qui représente l'occasion d'un échange plus approfondi entre chercheurs novices et confirmés.

 

Deux projets du CR5

Étude Wisdom (Wallonie – Innovation Sociale – DOMicile)

Équipe pluridisciplinaire :

  • Rachida Bensliman
  • Florence Degavre
  • Marthe Nyssens
  • Ela Callorda Fossati
  • Annalisa Casini (CIRTES/UCL)
  • Olivier Schmitz
  • Jean Macq (IRSS/UCL)
  • Parrain de la recherche : UNIPSO

L’étude WISDOM est une recherche partenariale et interuniversitaire portant sur l’analyse approfondie de 14 cas d’études de projets socialement innovants dans le secteur de l’accompagnement à domicile des personnes âgées en Wallonie et à Bruxelles.

Financée par la Région Wallonne, l’étude a été réalisée entre 2014 et 2018 par trois équipes de recherche transdisciplinaire : le CRISS/ULB (santé publique, promotion de la santé, sociologie du travail) pour l’axe ‘bien-être au travail’, l’IRSS/UCL (socio-anthropologie et santé publique) pour l’axe ‘réseau de professionnels’ et le CIRTES/UCL (socio-économie et psychologie sociale) pour l’axe ‘analyse socio-économique des cas’, ce dernier étant coordinateur de la recherche. La finalité de la recherche globale est d’appuyer les processus d’émergence et de diffusion des innovations sociales dans l’accompagnement à domicile des séniors. Plus spécifiquement, l’objectif de l’axe du CRISS est d’une part, de produire des connaissances partagées et des outils avec les travailleur.euse.s concerné.e.s par les questions de bien-être au travail, dans le cadre d’une recherche-action. D’autre part, il a vocation à initier un processus participatif et interventionnel dans un secteur où l’approche participative dans les processus décisionnels est quasi-absente et dont le potentiel d’innovation est générateur de transformations des dynamiques professionnelles.

En effet, face aux nombreux défis liés au vieillissement de la population wallonne et bruxelloise, une variété de projets innovants appelés «innovations sociales» (IS) dans le secteur de l’accompagnement, de l’aide et des soins à domicile des personnes âgées, sont développés par des associations sans but lucratif.

Si le leitmotiv de ces innovations est la satisfaction des (nouveaux) besoins des bénéficiaires (personnes âgées et aidants proches), la question du bien-être et de la santé des travailleur.euse.s employé.e.s dans ces organisations, quant à elle, fait moins l’objet d’initiatives porteuses d’innovation. Ceci, alors même que le domaine d’activités du care («prise en soin» au sens large) à domicile, est documenté comme souffrant de conditions de travail peu favorables et décrit par des situations de pénibilités physiques, psychologiques et de risques psychosociaux pour les travailleur.euse.s de l’aide et soins à domicile.

Ce secteur est en outre caractérisé par trois dimensions fortes rendant spécifique l’analyse de ce champ professionnel : le travail dans l’espace privatif des bénéficiaires (leur domicile), la nature relationnelle des prestations de service et la motivation pro-sociale qui anime les professionnel.le.s du soin.

L’originalité de notre démarche est la mise en œuvre d’une recherche-action participative inscrite dans une logique de «Promotion de la Santé au Travail» et de renforcement de l’empowerment des travailleur.euse.s dans des structures où le type de management est généralement très hiérarchisé et laissant peu de marge de manœuvre et d’autonomie aux travailleur.euse.s dans la prise de décision en matière d’organisation de travail.

Dans ce contexte, une méthodologie mixte a été déployée : un questionnaire quantitatif sur les risques psycho-sociaux auprès de 14 institutions porteuses d’innovation et des méthodes qualitatives variées pour la recherche-action participative, mobilisant un recensement documentaire, des entretiens individuels qualitatifs auprès des directions et innovateurs, et la méthode d’analyse en groupe pour le diagnostic de situation et l’identification des pistes de solutions. Une intervention collective a été mise en œuvre à la suite du processus de recherche-action.

La recherche a permis d’identifier des facteurs de risques psychosociaux liés à l’innovation, de renforcer l’empowerment des travailleur.euse.s et de proposer, à travers le processus de recherche-action participative, un modèle organisationnel de management participatif fondé sur les espaces de discussion et sur l’approche de promotion de la santé au travail.

Approche globale et intégrée : une démarche à clarifier pour la gouvernance en matière de coopération belge au développement

Équipe de recherche :

  • Jessica Martini
  • Philippe Donnen

Dans le but d’améliorer l’efficacité de ses interventions, la Coopération belge au développement a opté depuis plusieurs années pour une stratégie d’amélioration de la cohérence de ses actions. Cette cohérence vise différents types d’acteurs (publics, privés et issus de la société civile), différents secteurs (agriculture, santé, justice, etc.) et différents niveaux territoriaux (local, national et international). Dans la lignée des recommandations internationales, des approches plus intégrées, impliquant tous les canaux et tous les acteurs susceptibles de contribuer à la réalisation des objectifs de la politique étrangère de la Belgique, ont ainsi été adoptées : en particulier, l’Integrated Country Policy (ICP), qui vise, au sein d’un pays donné, à une stratégie d’intervention concertée entre tous les acteurs de la coopération belge au développement qui y sont actifs ; et de manière plus large, la Comprehensive approach, une approche globale des interventions de politique étrangère de la Belgique.  

C’est dans ce contexte que le groupe de recherche ACROPOLIS «Governance for development», auquel appartient la chercheuse Jessica Martini, a été invité par la DGD à clarifier les enjeux et la signification de ces approches, à les replacer dans la perspective des expériences internationales, ainsi qu’à analyser les perceptions et pratiques qu’elles produisent au niveau belge.

La recherche, menée entre mai 2017 et décembre 2018, comportait trois volets : la production de evidence papers basés sur une revue documentaire et de littérature belge et internationale ; la réalisation d’une enquête auprès des acteurs de la coopération belge et de la politique étrangère de la Belgique ; la réalisation d’études de cas. Au terme d’un processus participatif, incluant plusieurs moments de restitution et de consultation, un Green paper for a comprehensive approach a été élaboré, proposant des principes, indicateurs et étapes à suivre pour la mise en place de cette approche.  

Concernant plus particulièrement l’Integrated country policy, l’evidence paper qui y est consacré montre que son développement en Belgique s’inscrit dans la tendance internationale à favoriser les partenariats multi-acteurs. Ceux-ci sont plébiscités pour l’approche plus globalisante qu’ils permettent et la plus grande complémentarité qu’ils favorisent. Si le label «ICP» a été clairement identifié au sein de la coopération belge à partir de 2014, pour qualifier ces interventions de développement plus cohérentes, il semble toutefois que cette terminologie soit déjà considérée comme dépassée ou désuète, car elle est concurrencée par d’autres concepts et à présent considérée comme faisant partie de l’«approche globale» de la politique étrangère en Belgique. Le risque de confusion chez les acteurs quant aux objectifs poursuivis et aux types d’acteurs impliqués n’est pas négligeable, d’autant plus que la crainte est partagée d’une instrumentalisation des politiques de développement. L’enquête auprès des acteurs a d’ailleurs appuyé ces résultats issus de l’analyse documentaire en mettant en évidence la fragmentation actuelle des différents acteurs quant aux sens qu’ils attribuent aux nouvelles approches poursuivies.

En ce sens, le Green paper veut favoriser la construction d’un langage commun, expliciter les implications et clarifier la manière dont ce type d’approche peut être mise en place.

Pour en savoir plus, toutes les publications sont accessibles sur governance4development.org

Trois publications

  • Fromont A, Godin I, Mpofu E, Casini A. For A South-Relevant Psychometric. Psychology and Psychotherapy. Research Study 2018;1(4),1-3.

  • Dissak-Delon FN, Kamga GR, Humblet PC, Robert A, Souopgui J, Kamgno J, Essi MJ, Ghogomu SM, Godin I. Adherence to ivermectin is more associated with perceptions of community directed treatment with ivermectin organization than with onchocerciasis beliefs. PLoS Negl Trop Dis. 2017;11(8):e0005849.

  • Sow M, De Spiegelaere M, Raynault M-F. Evaluating the effect of income support policies on social health inequalities (SHIs) at birth in Montreal and Brussels using a contextualised comparative approach and model family method : a study protocol. BMJ Open 2018;8:e024015.

Mis à jour le 15 mai 2019